L’amour et l’argent

L’amour et l’argent

De quel sportif parle-t-on ?

Une première approche consiste à envisager le sportif de haut niveau comme le sportif professionnel ; plus précisément, comme le sportif faisant du sport sa profession et touchant, de ce fait, une rémunération. Ce qui conduit à la distinction entre le sport professionnel et le sport non professionnel.
La deuxième approche peut être plus juridique. En effet, ce terme renvoie à une qualification bien précise. Le sportif de haut niveau est celui qui est inscrit sur la liste des sportifs de haut niveau arrêtée par le Ministre chargé des sports. Ce sportif se voit dès lors encadré par un régime particulier. Il existe en France environ 6.000 sportifs de haut niveau, au sens juridique du terme.
La troisième approche peut être plus fonctionnelle. Le sportif est dit de haut niveau dès lors qu’il réalise des performances “haut de gamme”.

On ne saurait aller plus loin sans établir une différence d’approche entre les sports individuels et les sports collectifs. En effet, le “vedettariat” est plus fort dans les premiers que dans les seconds, même s’il n’existe pas de vérité en la matière (exemple : Zidane pour le football). Il apparaît également que l’idéologie de la performance s’avère prédominante dans les sports individuels, beaucoup moins dans les sports collectifs. Dans ces derniers, l’idéologie de la compétition semble plus nette.

Le sport de haut niveau doit-il se restreindre à cette minorité de sports – une dizaine – qui connaît les taux d’audience et les exploitations médiatiques les plus élevés ? Comment comprendre cette évolution ou cette dérive ? Quel avenir pour les sportifs des autres sports ?
Ces quelques pistes de réflexion montrent que le sportif d’élite peut être appréhendé sous des angles très différents

Les trois mots-clés

La performance apparaît comme un enjeu que beaucoup de sportifs placent au premier rang. Dans quel but ? Est-ce pour se dépasser soi-même ? Est-ce pour “faire le spectacle” avec ses retombées médiatiques ? Ou est-ce pour bénéficier d’une rémunération plus conséquente ? Devenir sportif de haut niveau et réaliser des performances, c’est nécessairement suivre une formation en ce sens. Or, il n’apparaît pas exagéré de se demander si cette formation sportive ne tendrait pas à dériver vers une “fabrication” de pépinières de sportifs, dans le but de créer des champions de plus en plus performants.

Par ailleurs, réaliser une performance, c’est surpasser ses capacités physiques. Pour y parvenir, le dopage se révèle être un moyen éprouvé. Or, comment envisager les performances de demain sans se pencher sur l’évolution réglementaire du dopage sportif ? Est-il concevable d’autoriser l’utilisation de produits dopants dans les cas où la santé du sportif n’est pas mise en danger ? Les progrès constants de la médecine et de la génétique sportive conduisent à penser que l’idée du sportif “génétiquement modifié” sera, dans un proche avenir, le meilleur moyen pour réaliser des performances. Pour le meilleur ou pour le pire ?
Enfin, la réalisation de performances sportives est un sujet d’élection pour tous les médias et les publicitaires. Il en résulte que le sponsoring contraint le sportif à établir des records ou à réaliser les plus hautes performances possibles, bon gré mal gré.

Deuxième mot clé : l’argent. L’argent pour le sportif d’abord. La carrière d’un sportif de haut niveau est très courte. Or, seule une minorité d’entre eux parvient à gagner suffisamment d’argent pendant cette période d’activité pour espérer une retraite confortable. Les autres sont condamnés à se reconvertir professionnellement. C’est également sous cet angle qu’il convient de considérer l’“avenir” du sportif.
L’argent autour du sportif, ensuite. Les sportifs les plus célèbres gagnent beaucoup d’argent. En contrepartie, ils en font également beaucoup gagner aux entreprises qui les sponsorisent, aux chaînes de télévision, aux agents sportifs... Le sportif devient ainsi le sujet de toutes les convoitises.

Et le contentieux? Pendant très longtemps, le sport a vécu sans contentieux. Désormais, le sport crée du contentieux. Les sportifs n’hésitent plus à contester devant les tribunaux leur non-sélection à une compétition, le résultat d’un match, voire certaines décisions des arbitres. Comment maîtriser cette évolution ? Comment dessiner ces perspectives ?
A partir de ces quelques pistes de réflexion, on peut se demander si le sportif “haut de gamme” se verra toujours “exploité” à tous égards, afin que chacun en tire un intérêt maximum... pour ensuite l’écarter de la scène sportive - voire de la scène médiatico-commerciale - au profit d’un plus jeune, plus performant.

En toute hypothèse, l’avenir du sportif de haut niveau ne saurait s’envisager sans la prise en compte de l’évolution de l’éthique et de la morale sportive.

Bernard Foucher


Article suivant

Article précédent


Contact info

30 RUE CLAUDE LORRAIN 75016 PARIS
TÉL : 01 46 51 12 21

Restez informé

Abonnez-vous afin de pouvoir recevoir les actus et évènements PREMICES.


!