L’identité à l’ère du numérique

L’identité à l’ère du numérique

Les limites de l’anonymat

De nouvelles formes de l'identité se font jour sur Internet. On le constate tous les jours, même les moins technophiles des internautes s'approprient très rapidement ces nouvelles représentations de l'identité : pseudonymes, alias, méls, identifiants, profils, avatars... Il semblerait que la pratique d'identités multiples soit naturelle pour l'être humain.

Le souhait de rester anonyme sur Internet est donc assez général. Il vient s'opposer au désir de notoriété, et repose sur l'idée – assez juste – que l'on n'est pas complètement à l'abri sur Internet. La crainte la plus couramment exprimée est celle de la surveillance exercée par l'État. Viennent ensuite la protection contre les multinationales, le vol d'identité ou diverses activités criminelles. On peut aussi analyser ce besoin d'anonymat en le rapprochant du principe – constitutionnel – du droit à la liberté d'aller et venir sans entrave.

Pour autant, l'anonymat est en débat car il ne peut se développer en laissant impunis tous les petits et grands méfaits qui sont commis en ligne. L'identification de ses interlocuteurs sur les réseaux est une nécessité dans l'utilisation quotidienne que chacun en fait, mais c’est aussi une activité nouvelle : que l'on soit marchand, recruteur ou enquêteur judiciaire.

L'identification sur Internet est facilitée par les "traces" que laissent les internautes : celles qu'ils créent volontairement et celles qui sont créées par les protocoles utilisés. Dans la première catégorie, on peut ranger le pseudonyme utilisé pour se connecter, le contenu du message publié ou les données saisies dans le formulaire d'un moteur de recherches. Dans la deuxième, on retrouve les adresses IP, les coordonnées de serveurs intermédiaires dans la communication ou les fameux cookies.

Grâce à l’exploitation de ces traces, les moteurs de recherche possèdent par exemple la capacité de connaître leurs utilisateurs comme probablement aucune entreprise ne l’a jamais eue.

Archivage et droit à l’oubli

Combien de siècles faudrait-il à un individu pour rechercher dans tous les livres entreposés à la Bibliothèque nationale de France le nom de quelqu’un? Le même résultat peut aujourd'hui être obtenu sur Internet en interrogeant un moteur de recherche. En tapant son nom, on sait en moins d'une seconde quelles sont les pages, parmi les milliards présentes sur le Web, qui contiennent le nom de cette personne.

Certains sites sont mis à jour très souvent, d'autres disparaissent ou changent de fournisseur ou d'hébergeur. Face à ce constat, certains acteurs de l’Internet tentent de procéder à l'archivage du Web. La méthode principalement utilisée est celle de l'archivage automatique à l'aide de robots d'indexation. Ces robots parcourent le Web à intervalles réguliers, et aspirent tout ou partie du Web.

On peut par exemple citer la Wayback machine du site archive.org qui conserve les versions successives d'une même page Web au cours du temps. Ce mécanisme peut jouer des tours aux utilisateurs qui expriment le souhait de supprimer ou modifier le contenu d’un site Internet et qui découvrent que l’information reste accessible depuis un autre site Internet....

Le simple choix des mots

La question de la clé de recherche, c’est-à-dire les mots que l'utilisateur a tapés sur un moteur de recherches, est essentielle car celle-ci permet bien souvent de révéler des éléments parfois intimes de l'identité des personnes concernées. Exemple : une clé de recherche qui serait composée des mots "lieux de culte Paris 8ème arrondissement". Cette requête, associée à une adresse IP, permet de détecter tel ou tel résident, supposé de telle ou telle confession. Cette information, au-delà de son intérêt marchand, induit des risques insupportables en termes de protection de la vie privée, voire de libertés publiques. Ainsi, le rôle important joué par les moteurs de recherche soulève des enjeux en termes de droit à l'oubli, principe consacré par la loi informatique et libertés.

Conclusion : explorer les évolutions de l'identité au travers des applications numériques est indispensable pour délimiter la place de l'individu dans cette société numérique, et imaginer comment éviter que son identité ne lui échappe. Il faut aussi développer de nouvelles technologies – par exemple autour d'un anonymat sécurisé – et de nouvelles règles pour les accompagner. Entre technique et éthique, la course ne fait que commencer.

Guillaume Desgens-Pasanau et Eric Freyssinet

Extraits de l’ouvrage éponyme paru dans la collection Présaje/Dalloz.


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