Management du sport et management de l’entreprise

Management du sport et management de l’entreprise

Le sport est devenu l’un des grands secteurs de l’économie. Un secteur multiforme, où cohabitent les excès du sport « d’en haut » et les frustrations du sport « d’en bas ». Il est logique de le soumettre peu à peu aux règles universelles du management. Mais sans jamais oublier que sa vocation ultime est radicalement différente de celle de l’entreprise. Le sport est une aventure humaine, où la réussite est le fruit d’un dépassement. L’entreprise, elle, veut faire des bénéfices et gagner des parts de marchés.

Il y a cinq ans, PRESAJE entrait dans l’arène sportive en publiant un ouvrage intitulé « Où va le sportif d’élite ? ». La préface, prémonitoire, évoquait la financiarisation excessive du sport spectacle. Avec pertinence, quand on sait ce qu’il en est advenu dans le football.

Il y a donc un problème de management au sein du secteur économique du sport qui frôle les 30 milliards d’euros annuels en Europe. A ce niveau, l’affaire n’est pas simple. Pour la traiter, il fallait le lieu et les gens compétents. Ce fut à Lausanne les 15 et 16 octobre derniers. La ville est « sport », avec le siège du CIO et le musée de l’olympisme. Elle est aussi « management » avec l’IMD, l’une des cinq meilleures business school mondiales, qui accueillait cette première réunion européenne.

Le casting des intervenants avait été choisi par deux amis de PRESAJE1 . De haut niveau, il a permis de traiter les deux sujets essentiels pour comprendre et maîtriser les enjeux moraux et matériels du développement éducatif et économique du sport.

Principale conclusion

Le développement des moyens du secteur économique du sport imposera de multiples échanges, participations, coopérations avec les autres secteurs de l’économie, selon les critères de management et de gouvernance des entreprises.

Le développement des objectifs éducatifs du sport exigera un modèle compétition/ performance/ résultats, différent du modèle entreprise, concurrence/marché/profits. Il y aura donc mariage de raison. Les études sur le management des besoins et des objectifs auront pour mission d’élaborer le contrat de cette union.

Les moyens

Les besoins du sport sont considérables. Les sociétés humaines y voient un développement de leurs modèles, de leur puissance, de leur image. Aucune politique, qu’elle soit autoritaire ou démocratique, ne peut négliger cette réalité. La compétition sportive ouverte et planétaire répond aux aspirations de liberté qui ont toujours motivé les hommes. L’exemple de la Chine est révélateur.

Ces besoins, cette demande, trouvent en face une offre de coopération des entreprises, pour le partage des images positives véhiculées par les meilleurs performers, les écoles de formation, les clubs. L’extrême diversité de la messagerie publicitaire, à tous niveaux, structurera ces échanges entre les images et les moyens.

Les pouvoirs publics, les Etats, qui administraient l’économie du sport passent la main, faute d’argent. L’économie globale prendra le relais. Notre ami Nicolas Baverez vient de le théoriser en évoquant la substitution problématique de l’entreprise-providence à l’Etat-providence.

Se pose alors le fait majeur de la régulation, de l’utilisation de ces moyens, demandés et offerts. La ruée actuelle vers la transposition dans le management du sport des règles de celui des entreprises et de leur gouvernance, mérite une réflexion approfondie sur leurs objectifs respectifs.

Les objectifs

A ce stade de l’analyse, il faut affirmer la différence de fond entre l’activité sportive, fut-elle devenue un secteur économique, et l’économie globale. Le sport assure une fonction éducative indispensable à l’équilibre des sociétés humaines. L’entreprise assure une fonction lucrative indispensable à leur niveau de vie. Il faut tirer le meilleur de l’un et de l’autre, pas les mélanger. Les objectifs du sport sont différents, radicalement, car ils doivent respecter la nature, l’engagement physique, la psychologie – le mental – liés à tout acte sportif.

L’acte sportif appartient à des hommes, à des femmes, qui acceptent le dépassement d’eux- mêmes pour réussir. L’acte économique appartient à des agents qui pratiquent le dépassement des autres pour gagner. La confusion introduite, par l’argent, dans les années 80, entre les deux sens du mot gagner, au sein du mouvement sportif en a changé la nature. La nuance est de taille, quand on sait que la « gagne » est à la base de la fabrication des « bulles » qui ont fait exploser les revenus des buteurs du foot-spectacle comme ceux des traders de la finance.

Au-delà de ce changement de nature, la domination de la pensée court terme, tout, tout de suite, a négligé le caractère physique de tout acte sportif qui exige que le temps de la maturation physiologique des acteurs soit respecté. Le sport a le devoir éducatif, sociétal, de prise en mains de millions de jeunes pré-ados et ados auquel il faut apprendre à réussir sa vie, son rapport aux autres, son engagement collectif, son propre développement physiologique par la sauvegarde de sa santé.

L’activité sportive se nourrit depuis toujours d’un corps sain que l’attraction des bienfaits séduisants de la rémunération express de la performance ne doivent pas altérer. Cette altération existe dans l’économie globale. Elle conduit ses acteurs à rechercher dans la réussite sportive l’équilibre que la gagne financière ne leur permet pas d’atteindre. L’entreprise a pris conscience des bienfaits qu’elle peut recevoir dans son mariage de raison avec le mouvement sportif.

Il reste alors à traiter la psychologie, l’esprit, le mental, auquel on fait allusion à la fin de toutes les compétitions. Ce mental se nourrit des exemples qui sont donnés par les acteurs de la discipline sportive à laquelle, dès son plus jeune âge, le futur sportif consentira le dépassement de lui-même. Il faut « croire » pour « y aller », en regardant l’icône, en se signant à l’entrée sur la pelouse ou dans l’arène.

Les dérives comportementales, les caprices, les arrogances observées, ont accumulé les mauvais exemples qui poussent les plus jeunes vers la gagne plutôt que vers la réussite. On ne peut plus laisser le sport apparemment géré par des hyper individualistes aux oreilles bouchées par des casques, aux yeux rivés sur leur image, fabriquée comme celle portée par les hommes sandwich du temps de la réclame.

Heureusement, l’engagement bénévole de tous ceux, altruistes et effacés, qui font vivre le « sport d’en bas » corrige les dérives de certains acteurs du « sport d’en haut ». Ce sont ces acteurs qu’il faut aider en leur donnant du temps, de la réflexion… et des moyens.

1 Francois LECCIA, directeur de l’Institut du management du sport de Grenoble, dont PRESAJE est membre du comité scientifique, et Vincent CHAUDEL, vice-président de l’association européenne Sport et citoyenneté, contributeur à l’ouvrage « Où va le sportif d’élite » de la collection PRESAJE.


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