L’Etat je-sais-tout

L’Etat je-sais-tout

Quel est le rapport coût-bénéfice d’une décision de l’Etat en matière d’investissement ? Le lancement improvisé, la recherche d’un effet de communication ou la convenance politique immédiate sont trop souvent à l’origine d’engagements coûteux pour la nation. L’Etat dispose pourtant de méthodes de calcul du risque.

Que fait la mère de famille en période de vaches maigres ? Elle fait la liste de ses besoins, les classe, les hiérarchise, fait des comparaisons de prix et tente de trouver à tâtons l’optimum du moment. Cela porte un nom, sur la place du marché comme dans les manuels d’économie : l’allocation des ressources.

Curieusement, les pouvoirs publics ne font pas le même effort. Où sont les calculs comparatifs sur les choix d’investissement, qu’il s’agisse d’infrastructures, de bâtiments publics ou d’investissements immatériels ? On ne voit rien, sinon des affirmations péremptoires, comme l’impératif écologique. Pourtant, qui est en mesure de nous prouver que les efforts préconisés pour lutter contre le réchauffement de la planète sont plus urgents que ceux que réclame la médecine, l’éducation ou la justice ? Il faut sans doute faire tout cela, mais quel est le bon dosage ?

Laissez-moi faire, je sais ce qui est bon pour vous, sous-entend l’Etat je-sais-tout. Difficile à croire quand on voit l’influence assourdissante des slogans à la mode ou simplement de « l’air du temps ». Nous sommes dans un monde où il faut être social, écolo, largement accueillant, protecteur de la nature. Le tout animé de bons sentiments mais la plupart du temps étranger à toute forme de calcul. Pourquoi ? Parce que le calcul fait vite apparaître que l’on ne peut pas tout faire, qu’il faut arbitrer, et que c’est de plus en plus difficile à mesure qu’on allonge le tir . Le résultat, c’est que dans les choix explicites ou implicites qui sont faits, c’est le parti de la croissance qui est généralement perdant, car venant en dernier !

Dans les programmes politiques actuels, le concept dominant est celui de protection. L’allocation des ressources n’étant pas à l’ordre du jour, faut-il s’en étonner ? Ainsi va la démocratie de nos jours. La raison invoquée est ultra simple, voire simpliste : l’idée d’arbitrer , de sérier les besoins , de les hiérarchiser serait , dit-on, impossible à « vendre » à l’électeur moyen . Ce que l’on ne dit pas, c’est que cette sélection se fait de toute manière , mais de façon largement irrationnelle : au gré des préférences du moment et des pressions de toutes sortes .

Cela est d’autant plus regrettable que l’on dispose maintenant d’outils de calcul de plus en plus performants. Le Centre d’analyse stratégique, rattaché au Premier Ministre, a publié en juillet dernier une étude remarquable dirigée par le professeur Gollier sur « Le calcul du risque dans les investissements publics » où sont explicités tous les calculs de coûts-bénéfices. Ce qui tombe à point nommé.

Qui oserait prétendre, aujourd’hui, dans une économie risquée comme jamais, que les décisions d’investissement pourraient pour longtemps encore reposer sur l’improvisation ? Le calcul de risque est de plus en plus difficile ? Raison de plus pour y consacrer une dose croissante d’intelligence. Tout comme la ménagère qui parcourt le marché avant d’ouvrir son porte-monnaie !...

C’est pour quand ?

Albert Merlin


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