Développement international : l’heure de vérité pour l’enseignement supérieur français

Développement international : l’heure de vérité pour l’enseignement supérieur français

Les étudiants étrangers ayant obtenu leurs diplômes dans notre pays et désireux de commencer leur carrière en France viennent d’être les victimes collatérales de la politique d’immigration. Fâcheuse péripétie, à l’heure où le marché mondial de l’enseignement supérieur est à la veille d’une véritable explosion. Un marché qui sera dominé par les pays en mesure de former des coalitions de grands établissements et de petites structures performantes. Les forces du public et celles du privé.

 

 

L'enseignement supérieur français se porte bien et s'exporte encore mieux. Selon le Rapport 2010 de « Campus France », l’agence de promotion de l'enseignement supérieur français à l'étranger, la France reste le troisième pays d'accueil des étudiants internationaux.

Quelles sont les raisons du succès des formations à la française ? Comment développer et capitaliser sur cette réussite dans les cinq années prochaines ? Et pourquoi, dans ces conditions, se lamenter sans cesse sur la faiblesse du système éducatif supérieur français ?

Le French paradox éducatif

Méconnu, illisible, sous-performant et pourtant attractif, l'enseignement supérieur français demeure un secteur d'activité paradoxal, qui se développe, y compris pendant la crise et en dépit de handicaps structurels.

La France est obnubilée par ses contre-performances dans les évaluations académiques internationales. Ses institutions éducatives d'excellence n'occupent pas, loin s’en faut, les premiers rangs de l'Academic Ranking of World Universities établi par l'université Jiao Tong de Shanghai. En 2011, le premier établissement français, l'Université de Paris Sud, n'apparaissait qu'à la quarantième place.

Au-delà du ranking éducatif, les établissements d'enseignement supérieur souffrent d'un déficit de notoriété. Faites le test : demandez à un Américain de citer une école ou université française. Il n'évoquera aucune des gloires de la République : ni Polytechnique, ni Normale Sup, encore moins l'Ena, mais citera volontiers la Sorbonne. Le « collège pour les pauvres étudiants », créé en 1253 par Robert de Sorbon et dont la marque est aujourd'hui dispersée entre plusieurs universités, demeure la seule enseigne académique dotée d'une notoriété internationale spontanée.

En dépit de ses faiblesses, l'enseignement supérieur français est l’un des leaders du marché mondial de l’enseignement supérieur. Marché en plein développement : selon l'OCDE et l'Unesco, il y aura en 2025 265 millions d'étudiants dans le monde, près de trois fois plus qu'en 2000. Parmi eux, au moins 8 millions étudieront en dehors de leur pays d'origine.

Soutenir l'enseignement supérieur privé

Comment aider les PME éducatives à bénéficier de la dynamique des mobilités étudiantes ? Comment le secteur privé de l'Education, qui se développe à l'ombre des mastodontes de l'enseignement supérieur public ou consulaire, peut-il devenir un moteur de la croissance de l'économie française de la connaissance ?

Sans doute, les écoles doivent-elles concentrer leur offre éducative sur des domaines d'excellence française, connus ou méconnus, et avoir le courage de porter une offre de formation dans la langue nationale. Ouvrir ses cursus à l'international ne signifie pas nécessairement enseigner en anglais : les établissements d’enseignement supérieur peuvent rester des lieux d'enseignement « du et en français » pour reprendre la formule de l'Agence universitaire de la Francophonie.

Les pouvoirs publics pour leur part peuvent soutenir davantage, à budget constant, l'enseignement supérieur privé. 

Cela suppose, en priorité, une politique ouverte de délivrance de visas à destination des candidats internationaux. L'accueil d'étudiants étrangers, source de devises et de rayonnement, ne doit pas être la victime collatérale des politiques d'immigration. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, elle doit en revanche recevoir la meilleure part, en qualité et en quantité, de la mobilité des intelligences en formation.

Cela demande aussi de considérer l'enseignement comme un secteur d'activité à part entière et d'encourager son développement. A ce titre, les aides publiques existantes, notamment en matière d'exportation, pourraient être mobilisées pour soutenir les PME de l’éducation qui veulent déployer leur offre à l'international. Toutes les facilités doivent être proposées aux étudiants étrangers. L'accompagnement des candidats internationaux (aide à la recherche de logement, soutien aux démarches administratives, enseignement de la langue) pourraient ainsi être confiées à des agences éducatives privées dotée d'un statut particulier.

Cela requiert enfin d'en finir avec la suspicion qui a pu entourer l'enseignement supérieur privé par le passé. Les écoles libres devraient pouvoir, en rupture avec l’archaïque « monopole de collation des grades », délivrer leurs propres diplômes et les faire valoir, avec le soutien de l'Etat, dans la compétition internationale. Les synergies entre l'Université, les entreprises porteuses de l'excellence à la française et les PME de l'éducation restent, en fait, à inventer.

Olivier de Lagarde, président de l'association pour le collège de Paris


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