Quel travail voulons-nous ?

Quel travail voulons-nous ?

Les Français attendent beaucoup de leur travail. Une attente si forte qu’elle s’accompagne souvent de fortes déceptions sur les réalités quotidiennes de la vie professionnelle. Patrick Légeron, auteur du rapport sur les risques psychosociaux remis au Ministre du travail, a participé à la réalisation d’une grande enquête de Radio France sur le sujet. Un révélateur des souhaits et des anticipations des Français à l’heure de la remise en cause des modèles économiques et sociaux.

A l’initiative de Radio France a été réalisée durant l’année 2011 une vaste enquête sur le travail, ou plus précisément sur le vécu et les attentes des français vis-à-vis du travail, dont les résultats ont été récemment publiés .

Il existe de nombreuses études sur le travail et ses environnements, mais l’enquête « Quel travail voulons-nous ? » a une particularité importante : au delà d’un questionnaire très fouillé elle a permis à la majorité des 6000 répondants, auditeurs de l’ensemble des chaines de Radio France, d’exprimer de manière libre leurs commentaires souvent longs et personnels.

Cette enquête n’a donc pas été réalisée, comme c’est la norme, à partir d’un échantillon supposé représentatif de la société française, mais auprès des auditeurs de Radio France. Avec un inconvénient certes, celui d’avoir un échantillon en partie biaisé, certaines catégories de la population française étant sur-représentées (les CSP+), d’autres sous-représentées (les ouvriers par exemple). Mais avec un avantage rarement retrouvé dans une enquête de cette ampleur, laisser la possibilité aux gens de s’exprimer sans détour sur leur travail. Autrement dit ne pas se contenter d’une analyse « quantitative » et statistique mais recueillir aussi du « qualitatif » et du ressenti.

Des attentes très fortes, mais beaucoup de déceptions

La France serait-elle un pays où l’on part au travail le cœur léger plein d’entrain, ou celui où le plaisir de travailler a disparu, tué par l’obsession de la rentabilité dans un environnement devenu inhumain ? L’un et l’autre. Ainsi 55% des personnes se disent contentes d’aller travailler le matin contre 30% qui ne le sont pas. Mais 30% seulement qualifient leur travail de bien ou de formidable, alors que 64% le jugent dur ou fatiguant. Ce paradoxe s’explique largement par de très fortes attentes vis-à-vis du travail, attentes largement déçues. Par exemple 48% des personnes indiquent que le travail idéal est celui qui permet de continuer à apprendre, alors que seulement 10% affirment que c’est celui qui fait gagner beaucoup d’argent. De même, concernant le métier de leur enfant, 76% attentent qu’il soit épanouissant et à peine 4% qu’il rapporte beaucoup d’argent. Mais la réalité du travail est perçue négativement par une majorité des répondants qui jugent prioritaire d’arrêter la course à la productivité, de prendre le temps de faire du travail de qualité, de rendre le travail plus humain et de permettre aux salariés de participer aux décisions stratégiques. Les nombreux commentaires faits sur ces sujets témoignent d’un fort sentiment de souffrance et de mal être. Et au total, le constat est clair : c’est moins le travail en lui-même qui est mis en question, celui-ci restant une valeur forte, que ses conditions d’exercice.

Une vision pessimiste de l’évolution du travail

Une majorité de personnes considère que leur situation de travail s’est améliorée au cours des dernières années (54% contre 21% qu’elle s’est détériorée). Mais 50% des répondants indique que leur situation n’est pas meilleure que celle de leurs parents (36% qu’elle est meilleure). Concernant la situation de leurs enfants, 61% des personnes indiquent qu’elle ne sera pas meilleure que la leur (seulement 8% pensent qu’elle sera meilleure). C'est-à-dire que le progrès dont eux-mêmes (en tout cas une partie d’entre eux) ont profité s’arrêtera. L’ascenseur social est bien en panne, comme le confirme aussi le fait que les plus jeunes à la recherche de leur premier emploi sont dans leur majorité convaincus que ce qui les attend sera moins bien que ce qu’ont connu leurs parents.

Quant aux moyens de s’en sortir, la désillusion est grande et inquiétante. 74% des personnes indiquent que c’est sur eux-mêmes qu’ils comptent le plus pour améliorer leur bien être au travail. La perte du collectif et les tendances à l’individualisme sont ainsi renforcées. 12% seulement font confiance dans ce domaine aux syndicats, 4% à leur employeur et moins de 2% aux politiques.

Pour terminer sur une note plus légère, signalons que près d’une quart des répondants reconnaissent avoir ou avoir eu des relations amoureuses au travail. L’étude ne permet pas de dire si c’est parmi eux que se retrouvent ceux qui indiquent être contents d’aller travailler le matin !

par Patrick Légeron, psychiatre, fondateur du cabinet Stimulus

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