Cambronne et Coubertin ou le syndrome français

Cambronne et Coubertin ou le syndrome français

«La garde meurt mais ne se rend pas.»
Général Cambronne, 18 juin 1815


« L’important dans la vie, ce n’est pas le triomphe mais le combat ; l’essentiel ce n’est pas d’avoir vaincu mais s’être bien battu».
Baron Pierre de Coubertin

Les jeux olympiques d’hiver se terminent et une fois n’est pas coutume, l’heure du bilan qui sonne est le moment de faire la somme des satisfactions et des déceptions. Ce bilan est évalué à l’aune des objectifs assignés : faire mieux que lors de la précédente olympiade. Mais au-delà de la comptabilité pure du nombre de médailles, de leur couleur et des exploits qui les accompagnent, il est frappant de constater le manque de remise en cause du système sportif français. Singulièrement pour les sports dits d’hiver alors même que la France dispose d’un parc et de ressources exceptionnels.


A l’issue de ces jeux comme des précédents, il est flagrant que la France ne tient pas le rang qui devrait être le sien. Le ski alpin, le ski de fond, les disciplines de patinages, ont été, loin s’en faut le moment d’échecs retentissants. Certaines disciplines semblent, vue de France, laissées en jachères et susciter un regard curieux.
Les quelques réussites individuelles (biathlon) ou dans des disciplines nouvelles, généralement nées ou popularisées en France, demeurent de rares sources de réjouissance (ski de bosses à Albertville, bordercross à Sotchi, etc.) sans lendemain.

En dépit des discours d’autosatisfaction de pure forme, ce drame endémique que l’on pourrait transposer aux disciplines olympiques d’été voire à d’autres disciplines médiatiques est le résultat nous semble-t-il de deux maux bien français.


Le premier mal est implicitement formulé dans la phrase du Baron de Coubertin souvent reformulée ainsi, « l’important c’est de participer » et qui se traduit par un manque d’esprit de conquête. La participation à la compétition dans le cadre du sport moderne ne peut reposer sur la libre entreprise individuelle du sportif solitaire. La participation effective à la compétition suppose l’existence de structures dédiées à l’encadrement, à la préparation et à la performance sportives. La professionnalisation du sport ne laisse de place au soleil qu’à ceux qui se donnent les moyens d’être compétitifs. Cela appelle une prise de conscience des structures fédérales, de l’Etat qui continue d’exercer une tutelle d’un autre temps et bien sûr de tout l’environnement économique lié au sport.


Pour cela, il est nécessaire de définir et de repenser en permanence le modèle économique de chaque discipline afin d’optimiser le contexte général d’évolution des sportifs pour leur permettre d’atteindre le niveau optimum de performance.


Le second mal, qui dérive directement du premier, c’est le manque d’ambition à long terme. Or, il ne faut avoir peur de l’affirmer, l’important dans la compétition sportive c’est la victoire. Bien sûr, il ne peut en être ainsi pour tous. Il faut des perdants pour que les vainqueurs soient ceints de gloire. Mais en abandonnant aux concurrents l’esprit de la gagne, le sport français est affecté d’un vice préjudiciable. Ce vice rend chaque victoire d’autant plus extraordinaire qu’elle semble relever du surnaturel, le sportif se muant, de manière éphémère, en héros. Au demeurant, ce vice est conforté par le symbole national, le coq, dont l’une des caractéristiques est de chanter les pieds dans le fumier.

La culture de la gagne, l’esprit de compétition, qui ne sont pas seulement propres au sport, doivent être transmis au plus tôt et dès que le sportif devient compétiteur. Un sportif sans talent animé de la rage de vaincre ira toujours plus loin que l’esthète doué dépourvu d’ambition forcenée. Ce principe se vérifie encore plus dans le cadre d’un sport professionnel où le travail sert de creuset avant que le talent n’offre l’opportunité d’émerger.
La transmission d’une culture de la gagne ne s’improvise pas. Elle n’est pas non plus, autre préjugé national, exclusif des valeurs du sport : le respect des règles, de soi et de l’autre, le goût de l’effort, la convivialité, la solidarité etc. Mais ces valeurs peuvent être canalisées pour améliorer les performances de ceux qui défendent nos couleurs. Le football comme le rugby nous démontrent trop souvent que nous nous satisfaisons plus de battre la meilleur équipe du monde que de remporter la finale. C’est sans doute la raison pour laquelle Jean-Pierre Rives disait philosophiquement  « les anglais ne perdent jamais mais parfois on les bat».


Le développement du sport-étude, filière d’excellence et pépinière de la détection des grands potentiels trouve sa limite lorsqu’il s’agit de basculer dans le sport de haut niveau. Le constat est frappant de voir nos jeunes talents trébucher devant le podium et gaspiller leur énergie à occuper les places obscures des classements mondiaux. Il est nécessaire pendant et à la sortie du sport-étude, lors du passage dans les catégories séniors, d’accompagner le sportif pour lui donner les clefs de la réussite, c’est-à-dire de la victoire. Le sportif de haut niveau ne doit pas seulement être un concurrent, il doit être un compétiteur inspiré par la quête de la victoire. Cet accompagnement doit également permettre de partager l’idée que la défaite n’est un échec que si elle n’ouvre pas des perspectives vers la victoire future. Le sport nous apprend qu’il n’est pas nécessaire d’être le plus fort pour gagner, il suffit d’être le meilleur au moment décisif.


L’engouement populaire après la victoire contre le Brésil en final du mondial 1998 doit inspirer nos élites quant à l’intérêt de faire du sport un modèle de cohésion, de dynamisme et de performance sociétales.

Une carrière sportive étant souvent une parenthèse – durable - dans la vie d’un homme et une passerelle – solide - vers l’entreprise ou la vie publique, nul doute que l’évolution de nos mentalités dans le domaine sportif pourrait avoir un impact sur la transformation positive de la société, sans renier pour autant l’art de vivre français. Nous appelons les sportifs français d’exception à briser le tabou hérité du Général Cambronne et du Baron de Coubertin et à transmettre le secret de la potion magique qui permet de défendre notre grand village gaulois abritant le sport français et ouvrir la voie au triomphe de nos cocardes dans les stades et sur les marchés du monde entier.

Thomas Cassuto


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